| "you go to england, mama come and drink tea" |
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| Écrit par Gaëlle July | |
| 07-03-2007 | |
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Gazés, humiliés, traqués, les migrants
sont traités "pire que des animaux". Soutenus par Salam et
les différentes associations de la région, ils tentent de survivre.
En attendant de rejoindre la côte anglaise.
Calais la nuit. Quand on ne connaît pas les lieux, il suffit de suivre les véhicules tricolores. La police quadrille le quartier. Non loin du phare, un hangar cache les migrants. Depuis quatre ans, après l'annonce de la fermeture de Sangatte par Nicolas Sarkozy, ils doivent se cacher pour éviter la police. Pakistanais, Afghans, iraniens, erythréens, africains de la Corne de l'Afrique... Tous ont mis plusieurs mois pour arriver. Par tous les moyens, ils tentent de passer la mer. La France n'est qu'un passage obligé pour atteindre l'eldorado britannique. Un passage qui compte de nombreux obstacles. Dont la police, qui depuis trois semaines harcèle de plus en plus ceux qui aimeraient manger. "C'est de la provoc' " souffle Vincent Lenoir de SALAM. L'organisation, mobilisée avec d'autres (Secours catholique...) depuis quatre ans, fournit entre autres le repas du soir. Du ragôut, du pain et un yaourt, mangés à la va-vite, avec pour paysage les ferrys qui partent pour la terre promise. Une voiture de police ralentit à nouveau. Les migrants s'approchent et en rit : "ils commencent à devenir fatalistes. Il arrive qu'ils se fassent arrêter trois fois dans la même journée alors à force, ils s'y attendent." explique Sylvie Copyens. Si les migrants sont remis en liberté quasi-instantanément c'est qu'ils ne sont pas expulsables. Leur pays ne sont pas assez sûrs pour y être reconduits. Ce qui explique que la France ne cherche pas à les renvoyer. Pourtant, "dernièrement des pakistanais ont été expulsés donc la plupart disent maintenant qu'ils sont iraniens. Ils se protègent, continue Sylvie. Quand ils sont arrêtés, on les envoie à Coquelles. De là on les relâche et ils doivent revenir ici à pied. Alors quand ils sont arrêtés plusieurs fois, c'est autant de fois qu'ils doivent faire 15 kilomètres à pied. Les chaussures, c'est un gros problème, on a du mal à leur en donner et parfois les policiers les confisquent". Après le repas, les quelques soixante dix migrants s'en vont de leur côté, à la recherche du camion qui va leur permettre de partir vers l'Angleterre. "Ils ne sont vraiment pas beaucoup en ce moment. La police leur met la pression, on sent que quelque chose va se passer. Sarko va sûrement venir, alors ils font le ménage. Il y a 3 semaines, ils étaient plus de trois cent à venir dîner chaque soir" ajoute Vincent Lenoir. Les migrants iront dormir à la jungle (prononcez "jeungeule" ). A côté des zones de chargement, des pompes à essence et des usines, une étendue d'arbres où résonne les bruits industriels. Pas une forêt, ni même des dunes, mais c'est là où les migrants dorment. Construites avec des palettes de bois, des baches et des couvertures, les cabanes les protègent peu du vent et de la pluie. "Il y a des grosses descentes de police, ils gazent tout. Détruisent tout. Et gazent aussi les couvertures pour que les migrants ne puissent plus s'en servir" raconte Sylvie les pieds dans le sable. Le lendemain matin, elle offre le thé et un peu de discussion, même si la barrière de la langue ne se traverse qu'avec l'anglais et un peu de musique. "Je met la musique de leur pays. Aujourd'hui ce sera de la musique erythréenne". Un jeune homme aux cheveux tressés, assis dans la voiture de la bénévole esquisse quelques paroles. "Sa femme est au centre de rétention depuis plusieurs jours, il la cherche et espère qu'elle revienne". Un car de CRS passe. Le même revient au bout de quelques instants. En tout, c'est presque huit fois qu'on peut le voir ralentir, tourner et repasser dans le quartier et tout cela en moins d'un quart d'heure. "les CRS arrivent, les arrêtent et les mettent dans les bus qui les envoient à Coquelles". Sylvie compte les passages et s'inquiète :"Hier ils les pourchassaient. Les migrants arrivaient en courant, essouflés, pour se protéger ici, mais on ne peut pas empêcher ça. De très jeunes afghans sont ici, ils ont parfois 15 ans ! Je n'imagine même pas mon fils de 16 ans pouvoir faire ça". Un ado casse des palettes pour faire un feu. Une quinzaine de migrants se rassemblent autour et discutent. Un pakistanais explique qu'il a été arrêté à Lille avant de venir à Calais. Trois jours au centre de rétention de Lesquin. "Parfois, ils se font emmener dans des centres dans le sud. Alors ils doivent revenir ici en train. Ca leur coûte enormément" souligne Sylvie. Elle rit avec les migrants : "Tomorrow, you england. You call me and mama come and you give tea". La maman Sylvie leur assure que tout le monde passe. Un jour ou l'autre. "On a reparlé des migrants quand certains se sont battus. Mais c'est normal. Parfois des ethnies ne s'entendent pas bien et les disputes entre passeurs est courante. Pourtant personne ne dit qu'aucun Calaisien ne s'est fait aggressé ou volé" ajoute la bénévole. Un migrant chante en fixant le ferry qui part vers la côte. "De toute façon tant que Calais sera en face de l'Angleterre, les migrants espèreront toujours passer" sourit Sylvie. |
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| Dernière mise à jour : ( 25-05-2007 ) |




