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Dangereux Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Yoann Caquière   
07-03-2007

Assis au milieu de plus d’un millier de personnes venues rien que pour ça, rien que pour lui…

je ne suis jamais autant senti étranger !le_pen

 

Les lumières s’éteignent. Trois écrans géants s’illuminent. Le show commence ! Des éclairages dignes du dernier spectacle de Jean-Michel Jarre, des spots diffusés entièrement en images de synthèse (pour ceuxqui croient que Jean-Marie est trop vieux !) montrantsix avions de chasse rasant la campagne française, telleque l’on ne la trouve plus qu’au fin fond du Cantal, et laissant derrière eux une belle traînée bleu-blanc-rouge. Le tout sur fond de musique digne des plus grands passages de Braveheart, grandiloquente et toute en émotion. Tandis qu’à l’image apparaît le protagoniste de ce spectacle familial, qui monte les dernières marchesavant l’entrée sur la scène. On croirait voir Mohammed Ali dans le couloir avant un combat, l’arthrite, la pâleur et les gorilles endimanchés en plus. Enfin, dans un tumulte que je n’avais jamais connu ou presque, concurrençant largement le public pourtant réputé des Marcels et dépassant de loin celui du Losc, il arrive…La nausée monte…

Cinq bonnes minutes de « Le Pen Président » et de « Jean-Marie à l’Elysée » plus tard, il commence : « J’ai une importante déclaration ! ». L’espoir perce dans les allées : il a les 500 !! Mais non ! Ascenseur émotionnel : « Un candidat dans les sous-sols des sondages » chercherait à prendre la place, réservée à l’extrême droite, au second tour et pour cela, aurait instigué une grande manoeuvre pour intimider les maires désirant soutenir le FN. Huées… «De Villiers ! Ouhhh ! »

« Françaises, Français… »

C’est parti ! Un voyage d’une heure dans le monde tricolore (pour ce qui est du drapeau…) de notre ami Jean-Marie.
Cela débute par une litanie poétique, presque dithyrambique sur ceux qui ont « dans les yeux le bleu qu’ils n’ont pas dans le ciel », nous les Ch’timis. Quelques rappels historiques, pour ne pas oublier le sang que nous avons versé et que nous versons encore pour la patrie (Il serait au courant que j’me suis ouvert avec mon économe ce midi ?). Lillois dans l’âme, on ne peut que se retrouver dans la définition de notre belle ville comme actuelle « vigilante sentinelle pour la sauvegarde de notre territoire», la résumant à un soi-disant dernier rempart contre l’invasion… Des Huns ? Des Prusses ? Des nazis, ce n’est pas sûr en tout cas… Il enchaîne sur le parfait exemple que nous sommes de l’intégration réussie (?!) des générations précédentes des polonais, portugais et autres italiens…

On rentre dans le vif du sujet quand il évoque la misère dans laquelle nous vivons tous les jours, et « l’exploitation par le MEDEF n’y est certainement pas étrangère » . A ce seul nom, des huées écrasantes noient la salle…Etonnant quand on pense que le programme économique et social du FN, notamment avec la suppression de l’ISF et « la volonté de protéger la liberté d’entreprendre et le droit à la réussite » , pourrait bien enlever les dernières épines dans le pied du MEDEF en France. Seconde lame encore plus impressionnante quand il cite Sarkozy et Royal, ceux qui « ne peuvent pas comprendre ». C’est alors que le supporter moyen lance un « Tous pourris !! » qui reflète bien la compréhension de son leader et la force de réflexion sur les questions politiques qui l’amènent à être présent. Reflet du discours, de celui qui parle simplement, qui se veut « la voix du peuple de France et d’ailleurs. Et seul candidat de la nation, de la patrie ! »… Et à ces derniers mots, une ferveur toute FNesque explose… Il y a quelques mots comme ça qui font réagir l’encéphale de l’Homo Sapiens Sapiens (Méritent-ils vraiment les deux ?) avec son petit drapeau tricolore : il y a hourra pour ‘patrie’, ‘préférence nationale’ et ‘Français’ et huée pour ‘Bruxelles’, ‘immigration’ et tous les mots ou noms ayant trait à d’autres formations politiques. Sans doute une sorte de réflexe...

La séance de torture se poursuit avec des traits d’humour dignes des plus grands stand-up américains. Lorsqu’il évoque le chômage et la précarité, il accuse étonnamment le PS et l’UMP et affirme que, même s’ils tentent de « se déguiser en premier communiant » , l’on ne s’y trompe pas : « Tous responsables, tous coupables ! ». Il passe de la perte de nos acquis sociaux à la mise en accusation de la gauche qui a malheureusement baissé la date de retraite et le nombre d’heures de travail par semaine pour les « pauvres salariés français ». La droite ? « Bonnet rose et rose bonnet ! ». On s’esclaffe, on pouffe… C’est sûr, on est tellement différents de tous ceux-là à l’extrême droite… Face aux maux des Français, « l’Altesse Royal des Charentes ne propose que des soins palliatifs », « Nicolas » (Quelle familiarité !) « court et nous attend au coin du bois Mesdames » et Bayrou nous est dépeint comme « Tartuffe dans le rôle de D’Artagnan ». Les plumes au service du Borgnes ont bien affûtées, reconnaissons-le, mais il faut lire entre les lignes de l’insidieux discours, voir par-delà l’écran qui nous montre Marine, souriant aux bons mots de Papa, assise aux côtés d’une militante noire, qui étaient aussi nombreuses que les phrases allant à l’apaisement ou à la tolérance dans le discours du parfait tribun. Tout est parfaitement rôdé… On peut presque comprendre pourquoi certaines personnes sont attirées par ce show à cinq euros… Et l’on comprend surtout pourquoi il faut rester vigilant : il parle bien, a un petit mot pour chacun, donne des chiffres révoltants et sait parfaitement manier le verbe et la foule…

Alors, sur nos gardes, on entend que l’Europe est bien évidemment une erreur, qui ne sert qu’à « nous imposer des lois », « faire de nos frontières des passoires » et « abolir voire poursuivre en justice » la sacro-sainte « préférence nationale ». Que la fuite des cerveaux n’a d’autres raisons que l’entrée d’immigrés, décrits à la limite de la débilité mentale. Que la seule préoccupation de nos dirigeants est de nous éloigner des vrais problèmes par la « comédie passionnelle des SDF Don Quichottisés et des sans papiers » . Et là, c’est l’explosion… Un ouragan ? L’explosion nucléaire d’un de ces engins qu’il veut multiplier « pour la défense dela patrie » ? Non, juste la réaction d’un public ulcéré, ou ne devrait-on pas dire apeuré, par ce qu’il redoute et ne comprend pas… Quand l’ultra-libéralisme est défini comme synonyme d’immigration, et donc de baisse des salaires, quand la mondialisation signifie délocalisations, l’actualité mondiale résumée à des Tshirts estampillés ‘Made in China’ et l’environnement ramené aux Allemands qui «  font joujou avec les éoliennes », mes voisins acquiescent tous consciencieusement de hochements de tête à cet amalgame sans queue ni tête. Le Pen distingue 4 grands défis invisibles :

  • agricole. L’avenir, contre l’urbanisation, se situe dans l’agriculture.
  • le vieillissement, annoncé par « la guerre des générations qu’est la réaction primaire auCPE ».
  • l’ordinateur quantique (??) qui va faire « imploser les mondes de la communication,bancaire, de la médecine…». De quoi faire miroiter un avenir à certains et faire peur à d’autres.
  • et le capitalisme financier mondial qui nuit à ses « amis artisans ».Le public s’est assoupi…Les applaudissements sont moins fournis… Incompréhension ou réserve ? Rien de tout cela : soudain, « … nombreuses erreurs via Bruxelles !! » : Explosion de fureur !! Ah oui, les fameux mots-clés …


Le projet économique et social se veut clair : « économie au service de la nation », « services publics performants », « recherche et innovation »,« énergies nouvelles », « rétablissement de la sécurité»… Ouah ! Quelle révolution !! « Et surtout le rétablissement du privilège d’être français » et « le retour des clandestins et des illégaux dans leur pays » : ah, quand même, on est bien au Front National ! L’immigration comme seule et unique cause de tous les maux de la France… et huitième plaie d’Egypte…

Il cite la devise, évoque son « rêve » ( I have a dream …), « la solidarité (entre français…) pour demain », le souvenir si doux du 21 avril 2002 et affirme sans conteste : « c’est avec mon élection que refleurira le printemps des Français ! »…« Père, orphelin, travailleur, patron, officier parachutiste, député européen…», que n’est-il pas ? « Je crois être digne de votre confiance ! » Même la femme qui avait du mal à respirer tout à l’heure se met à hurler et à gesticuler comme si sa vie en dépendait… Des jeunes avec des drapeaux débarquent sur scène, tous habillés entièrement en noir… La Marseillaise est entamée : « …qu’un sang impur abreuve nos sillons… », Rouget de L’Isle doit se retourner dans sa tombe et Zidane doit regretter de l’avoir repris avec la même fierté…Le générique de départ reprend… « Vive la vie ! Vive leFront National ! », tout le monde debout l’acclame…C’est la folie, réellement un monde de fous…
Dernière mise à jour : ( 25-05-2007 )
 

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