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Assis au milieu de plus d’un millier de personnes venues rien que pour ça, rien que pour lui…
je ne suis jamais autant senti étranger !
Les lumières s’éteignent. Trois écrans géants s’illuminent. Le show
commence ! Des éclairages dignes du dernier spectacle de Jean-Michel
Jarre, des spots diffusés entièrement en images de synthèse (pour
ceuxqui croient que Jean-Marie est trop vieux !) montrantsix avions de
chasse rasant la campagne française, telleque l’on ne la trouve plus
qu’au fin fond du Cantal, et laissant derrière eux une belle traînée
bleu-blanc-rouge. Le tout sur fond de musique digne des plus grands
passages de Braveheart, grandiloquente et toute en émotion. Tandis qu’à
l’image apparaît le protagoniste de ce spectacle familial, qui monte
les dernières marchesavant l’entrée sur la scène. On croirait voir
Mohammed Ali dans le couloir avant un combat, l’arthrite, la pâleur et
les gorilles endimanchés en plus. Enfin, dans un tumulte que je n’avais
jamais connu ou presque, concurrençant largement le public pourtant
réputé des Marcels et dépassant de loin celui du Losc, il arrive…La
nausée monte…
Cinq bonnes minutes de «
Le Pen Président » et de «
Jean-Marie à l’Elysée » plus tard, il commence : « J’ai une importante
déclaration ! ». L’espoir perce dans les allées : il a les 500 !! Mais
non ! Ascenseur émotionnel : « Un candidat dans les sous-sols des
sondages » chercherait à prendre la place, réservée à l’extrême droite,
au second tour et pour cela, aurait instigué une grande manoeuvre pour
intimider les maires désirant soutenir le FN. Huées… «De Villiers ! Ouhhh ! »
« Françaises, Français… »
C’est parti ! Un voyage d’une heure dans le monde tricolore (pour ce qui est du drapeau…) de notre ami Jean-Marie.
Cela débute par une litanie poétique, presque dithyrambique sur ceux
qui ont « dans les yeux le bleu qu’ils n’ont pas dans le ciel », nous les
Ch’timis. Quelques rappels historiques, pour ne pas oublier le sang que
nous avons versé et que nous versons encore pour la patrie (Il serait
au courant que j’me suis ouvert avec mon économe ce midi ?). Lillois
dans l’âme, on ne peut que se retrouver dans la définition de notre
belle ville comme actuelle « vigilante sentinelle pour la sauvegarde de
notre territoire», la résumant à un soi-disant dernier rempart contre
l’invasion… Des Huns ? Des Prusses ? Des nazis, ce n’est pas sûr en
tout cas… Il enchaîne sur le parfait exemple que nous sommes
de l’intégration réussie (?!) des générations précédentes des polonais,
portugais et autres italiens…
On rentre dans le vif du sujet
quand il évoque la misère dans laquelle nous vivons tous les jours, et «
l’exploitation par le MEDEF n’y est certainement pas étrangère » . A ce
seul nom, des huées écrasantes noient la salle…Etonnant quand on pense
que le programme économique et social du FN, notamment avec la
suppression de l’ISF et « la volonté de protéger la liberté
d’entreprendre et le droit à la réussite » , pourrait bien enlever les
dernières épines dans le pied du MEDEF en France. Seconde lame encore
plus impressionnante quand il cite Sarkozy et Royal, ceux qui « ne
peuvent pas comprendre ». C’est alors que le supporter moyen lance un «
Tous pourris !! » qui reflète bien la compréhension de son leader et la
force de réflexion sur les questions politiques qui l’amènent à être
présent. Reflet du discours, de celui qui parle simplement, qui se veut
« la voix du peuple de France et d’ailleurs. Et seul candidat de la
nation, de la patrie ! »… Et à ces derniers mots, une ferveur toute
FNesque explose… Il y a quelques mots comme ça qui font réagir
l’encéphale de l’Homo Sapiens Sapiens (Méritent-ils vraiment les deux
?) avec son petit drapeau tricolore : il y a hourra pour ‘patrie’,
‘préférence nationale’ et ‘Français’ et huée pour ‘Bruxelles’,
‘immigration’ et tous les mots ou noms ayant trait à d’autres formations politiques. Sans doute une sorte de réflexe...
La
séance de torture se poursuit avec des traits d’humour dignes des plus
grands stand-up américains. Lorsqu’il évoque le chômage et la précarité,
il accuse étonnamment le PS et l’UMP et affirme que, même s’ils tentent
de « se déguiser en premier communiant » , l’on ne s’y trompe pas : «
Tous responsables, tous coupables ! ». Il passe de la perte de nos
acquis sociaux à la mise en accusation de la gauche qui
a malheureusement baissé la date de retraite et le nombre d’heures de
travail par semaine pour les « pauvres salariés français ». La droite ?
« Bonnet rose et rose bonnet ! ». On s’esclaffe, on pouffe… C’est sûr,
on est tellement différents de tous ceux-là à l’extrême droite… Face
aux maux des Français, « l’Altesse
Royal des Charentes ne propose que des soins palliatifs », « Nicolas »
(Quelle familiarité !) « court et nous attend au coin du bois Mesdames »
et Bayrou nous est dépeint comme « Tartuffe dans le rôle de D’Artagnan
». Les plumes au service du Borgnes ont bien affûtées,
reconnaissons-le, mais il faut lire entre les lignes de l’insidieux
discours, voir par-delà l’écran qui nous montre Marine, souriant aux
bons mots de Papa, assise aux côtés d’une militante noire, qui étaient
aussi nombreuses
que les phrases allant à l’apaisement ou à la tolérance dans le
discours du parfait tribun. Tout est parfaitement rôdé… On peut presque
comprendre pourquoi certaines personnes sont attirées par ce show à
cinq euros… Et l’on comprend surtout pourquoi il faut rester vigilant :
il parle bien, a un petit mot pour chacun, donne des chiffres
révoltants et sait parfaitement manier le verbe et la foule…
Alors,
sur nos gardes, on entend que l’Europe est bien évidemment une erreur,
qui ne sert qu’à « nous imposer des lois », « faire de nos frontières
des passoires » et « abolir voire poursuivre en justice » la
sacro-sainte « préférence nationale ». Que la fuite des cerveaux n’a
d’autres raisons que l’entrée d’immigrés, décrits à la limite de la
débilité mentale. Que la seule préoccupation de nos dirigeants est de
nous éloigner des vrais problèmes par la « comédie passionnelle des SDF
Don Quichottisés et des sans papiers » . Et là, c’est l’explosion… Un
ouragan ? L’explosion nucléaire d’un de ces engins qu’il veut
multiplier « pour la défense dela patrie » ? Non, juste la réaction
d’un public ulcéré, ou ne devrait-on pas dire apeuré, par ce qu’il
redoute et ne comprend pas… Quand l’ultra-libéralisme est défini comme
synonyme d’immigration, et donc de baisse des salaires, quand la
mondialisation signifie délocalisations, l’actualité mondiale résumée à
des Tshirts estampillés ‘Made in China’ et l’environnement ramené aux
Allemands qui « font joujou avec les éoliennes », mes voisins
acquiescent tous consciencieusement de hochements de tête à cet amalgame
sans queue ni tête. Le Pen distingue 4 grands défis invisibles :
- agricole. L’avenir, contre l’urbanisation, se situe dans l’agriculture.
- le vieillissement, annoncé par « la guerre des générations qu’est la réaction primaire auCPE ».
- l’ordinateur quantique (??) qui va faire « imploser les mondes de la
communication,bancaire, de la médecine…». De quoi faire miroiter un
avenir à certains et faire peur à d’autres.
- et le capitalisme
financier mondial qui nuit à ses « amis artisans ».Le public s’est
assoupi…Les applaudissements sont moins fournis… Incompréhension ou
réserve ? Rien de tout cela : soudain, « … nombreuses erreurs via
Bruxelles !! » : Explosion de fureur !! Ah oui, les fameux mots-clés …
Le projet économique et social se veut clair : « économie au service de
la nation », « services publics performants », « recherche et
innovation »,« énergies nouvelles », « rétablissement de la sécurité»…
Ouah ! Quelle révolution !! « Et surtout le rétablissement du privilège
d’être français » et « le retour des clandestins et des illégaux dans
leur pays » : ah, quand même, on est bien au Front National !
L’immigration comme seule et unique cause de tous les maux de la France…
et huitième plaie d’Egypte…
Il cite la devise, évoque son « rêve
» ( I have a dream …), « la solidarité (entre français…) pour demain »,
le souvenir si doux du 21 avril 2002 et affirme sans conteste : « c’est
avec mon élection que refleurira le printemps des Français ! »…« Père,
orphelin, travailleur, patron, officier parachutiste, député
européen…», que n’est-il pas ? « Je crois être digne de votre confiance
! » Même la femme qui avait du mal à respirer tout à l’heure se met à
hurler et à gesticuler comme si sa vie en dépendait… Des jeunes avec
des drapeaux débarquent sur scène, tous habillés entièrement en noir… La
Marseillaise est entamée : « …qu’un sang impur abreuve nos sillons… »,
Rouget de L’Isle doit se retourner dans sa tombe et Zidane doit
regretter de l’avoir repris avec la même fierté…Le générique de départ
reprend… « Vive la vie ! Vive leFront National ! », tout le monde debout l’acclame…C’est la folie, réellement un monde de fous…
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