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Quand le jeu devient une drogue Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Agathe Marin   
07-03-2007

Mettre 10 centimes et tirer le bras du bandit manchot, ça paraît facile. Et cela l’est. Quand le geste est renouvelé à s’en faire des crampes au porte-monnaie, ça fait mal.

Les casinos gardent l’empreinte d’une élite oisive et futile. Pourtant ils ont radicalement changé ces quinze dernières années. Des smokings aux blues jeans, les palais du jeux se sont démocratisés. La cause ? Un changement de législation. En 1987, la loi Pasqua puis l’amandement Chaban Delmas facilitent l’insertion des casinos et surtout autorisent les machines à sous.

 40 ou 400 (mille) ?

Les opportunités de profits liés aux machines à sous désormais légalisées expliquent alors la prolifération des casinos ainsi que les conséquences sanitaires et sociales qui en découlent. Dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis ou au Canada, la dépendance est déjà élevée au rang de problème de santé publique. En France, si certaines associations tentent de prendre en charge le problème, aucun débat public n’a encore eu lieu. Un signe ne trompe pas: on ne sait à combien se chiffre le nombre de joueurs dépendants ou joueurs pathologiques.

Pour JP Cormerais, ethnosociologue auteur d’une thèse sur le gambling, il y aurait 400 000 joueurs dépendants en France. Le psychiatre Marc Valleur1, chef de service de l’hôpital Marmottan, annonce quant à lui une fourchette plus prudente : de 30 à 40 000. Au delà des querelles de définitions, les auteurs s’accordent sur le fait que la dépendance augmente. Logique
vu que les casinos s’adressent à un public de plus en plus large et fragile. Le seul barrage contre la dépendance est alors l’interdiction de jeu, démarche volontaire du joueur, qui intervient toujours trop tard.


C’est quoi être dépendant au jeu?


Selon, Marc Valleur, il n’y a pas de drogue en soi, l’addiction résulte d’une interaction avec l’individu dans un certain contexte. Si la dépendance existe pour tous les jeux, le risque est toutefois beaucoup plus fort pour les machines à sous où le gain peut être très rapide. Les rares études psychologiques mettent en évidence l’existence de trois phases dans la carrière du dépendant, la phase gagnante, la phase de perte puis la phase du désespoir suite à l’acharnement pour se « refaire ». C’est dans cette dernière phase que le joueur peut commencer une dépression et sacrifier sa vie sociale, sa famille ou son travail pour le jeu. Selon les chiffres de SOS Joueurs, 96, 6 % de ces joueurs sont endettés, 19 % ont commis un
ou des délits et 15,7% ont divorcé à cause du jeu. Les frontières entre le social et le psychologique ne sont pas étanches.

La majorité des casinos, dont ceux de Barrière, ont annoncé a mise en place de permanences d’aide psychologique pour
les joueurs. Véritable politique de prévention ou simple effet d’annonce ? En fait, le financement par les casinotiers d’associations privées telle qu’Adictel, qui propose d’aider les joueurs pathologiques (volontaires forcément), d’abord en les interdisant, ensuite en les suivant psychologiquement est une solution de moindre mal.

 “Ne soyez plus embarrassé avec les problèmes d’addiction. Continuez à faire votre travail sereinement. ADICTEL répond à 100% des besoins en terme de prévention. Notre organisation reste à vos côtés pour aider concrètement vos clients sensibles tout en répondant de manière positive aux institutions et aux médias.”2

 

De fait, installer un casino à côté de Fives à Lille ou à côté du quartier populaired’Empalot à Toulouse, c’est-à-dire àproximité des populations très fragiles économiques et moinsprotégées face aux phénomènes de dépendance, n’est pas innocent. Et puis comme le souligne JP Cormerais 3« Le jeu a toujours été considéré comme un moyen de régulation sociale. En période de crise, le jeu incite à avoir d’autres centres d’intérêt que la contestation de l’ordre social. Les plus démunis pensent ainsi pouvoir se procurer l’argent manquant par "des chemins de traverse" ».

 

1 Valleur,Marc, Bucker Christian, Le jeu
pathologique, 1998


2 Eric Bouhanna, PDG edito d’Adictel


3 JP Cormerais, interview dans l’Humanité,
22 mai 2004

Dernière mise à jour : ( 25-05-2007 )
 

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