| Avec 20 euros, tu tiens 10 minutes |
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| Écrit par Hélène D. | |
| 07-03-2007 | |
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Entretien avec Françoise, ex-droguée. « Le casino, on y était allé quelques fois avec mon mari, on prenait 20 euros avec nous, on les perdait en 10 min et c’était tout ». Françoise a 50 ans. Ancienne infirmière et mère de quatre enfants déjà grands, elle a beaucoup fréquenté le casino de Saint- Amand-les-Eaux avant de s’en faire interdire. Je la rencontre autour d’un café, un dimanche après-midi pluvieux. La gorge serrée, elle retrace le parcours qui l’a menée du Casino au cabinet d’un psychologue, en passant par les cases crédit, divorce et vente de la maison.
Il y a quatre ans, Françoise commence à fréquenter le casino de proximité, « pour me changer les idées » avance-t-elle tristement. Des problèmes de couple, de famille et une vie professionnelle difficile minent son quotidien. Elle cherche alors l’évasion. « Je me souviens, les premières fois où j’y suis allée seule, j’étais gênée, pas à mon aise, je me disais, « une femme qui va toute seule au casino… », et puis après, en fait j’ai vu que c’était normal. J’y allais le matin, j’y restais une heure ou deux, parce que j’étais encore avec mon mari et mes enfants à l’époque, comme ils ne le savaient pas, je ne pouvais pas rester davantage.» D’abord de temps en temps, puis quotidiennement, elle dépense de plus en plus. Tenant seule les cordons de la bourse familiale, elle puise sans fin dans le compte bancaire et contracte des crédits sans que ses proches ne le remarquent. Si elle ne nous dira pas ce qu’elle y a laissé, on devine que c’est beaucoup d’argent, toutes les économies du couple en fait. « Avec 20 euros, tu tiens dix minutes, entre ce que tu gagnes et que tu perds et en jouant tout doucement, donc pour une heure, il faut 100, 150 euros, parce que si tu vas avec 10 euros dans 5 min tu peux sortir ». Ainsi, au bas mot 200 euros la matinée, disons, cinq jours par semaine, pendant 4 années. Je ne préfère pas calculer le prix d’un des hobbies les plus chers de France. Mais enfin, faut-il être fou pour dépenser autant ? Pourquoi ? Françoise décrit la folie collective à laquelle elle a trop longtemps pris part. Ce faisant, elle nous permet tout autant de comprendre son expérience, que lorsqu’elle nous dit qu’elle cherchait l’évasion. « Quand j’y pense, quand j’y allais, à 10h du matin, les gens sont déjà là, ils attendent que les portes s’ouvrent! Les gens sont fous! Déjà la veille, beaucoup étaient là , ils ont perdu de l’argent sur une machine et ils vont tout de suite sur la même machine, mettre leur clé, leurs trucs, pour que personne ne joue là, espérant récupérer ce qu’ils ont laissé la veille.» Jouer, récupérer, rejouer, vouloir récupérer… ce faux semblant de rationalité permet au joueur de masquer les évidences. Il s’agit de vouloir retrouver ce qu’on a laissé, avant de se laisser de nouveau prendre par l’ambiance enivrante du casino. « Et puis ce bruit, ce bruit de ma- chines, tu sais, tout ce truc, alors tu entres là pour te déstresser et en fait quand t’en sors, t’es encore plus stressé ! ». L’efficacité des casinos réside sûrement dans l’ambiance. Les couleurs, le bruit et les jetons qui tombent. La certitude qu’à un moment ou à un autre, la machine va finir par re-cracher. « Elle a joué, elle a joué, au bout d’un moment faut bien qu’elle donne la machine ! ». Françoise se savait alors complètement accro, mais ne parvienait pas à se refreiner. Jusqu’au jour où…
Jusqu’au jour sa famille découvre le pot-au-rose. Cette découverte précipite la chute de son couple, déjà amorcée depuis quelques temps. Entre cris et larmes, aidée par une psychologue, elle entre en thérapie et décide de se faire interdire de casinos. Cette mesure, basée sur une démarche volontaire de la part joueur dure 5 ans. Toutefois, elle n’a pas beaucoup de sens lorsqu’on habite à côté de la frontière. Comme beaucoup d’interdit bancaire, Françoise rechute et cède à la tentation belge.
Outre Quiévrain, elle découvre un nouveau jeu, la roulette électronique et «une autre façon de te
faire embobiner». Plusieurs personnes participent en même temps, ce qui rend l’atmosphère plus conviviale,
d’autant que le patron vient, en personne,
Voir les autres tomber « La dernière fois que j’y suis allée, j’ai vu un couple que j’avais rencontré bien 6 mois auparavant. A l’époque, on jouait tous ensemble à la roulette et on avait sympathisé, ils misaient très peu, ils étaient venus se faire plaisir, passer un moment. Quand je les ai revus, tout avait changé, le monsieur est allé trois fois rechercher des jetons à la caisse, et ils ne parvenaient plus à s’arrêter. Là, je me suis dit, ça y est, ils sont pris dans l’engrenage, mais que s’est-il passé ? » Elle nous racontera aussi l’histoire de cette femme, qui joue la pension d’invalidité de sa mère à l’inssu de cette dernière. Ou plus simplement, les gens à Saint Amand qui viennent au casino en mobylette.
Sevrage Aujourd’hui Françoise vivote. Son divorce, son isolement et ses faibles ressources ne facilitent pas sa reconstruction personnelle. Toutefois, à la faveur de ces évènements, elle a renoué avec ses enfants qu’elle avait laissés s’envoler un peu trop tôt. Difficile cependant de retrouver sa place de mère : Une de ces filles veut gérer ses comptes, l’autre lui loue une maison. Et à tout moment, ça peut déraper: « A Noël, ma plus jeune fille a offert à on copain un jeu de pocker, et une autre s’est mise à pleurer et à crier en disant que tout ça, c’était un piège ». On devine aussi que son important temps libre (elle est en congé maladie) est une invitation à renouer avec son hobby matinal, invitation contre laquelle il faut lui encore et encore résister. Françoise s’interroge aujourd’hui sur le fait que la banque l’ait laissée vider son compte sans jamais intervenir, ou encore sur le numéro de téléphone qu’elle a composé un jour, il y a longtemps, où elle voulait s’en sortir, numéro surtaxé où quelqu’un lui a fait vainement la morale sans rien lui apporter. Le casino de Lille? ce qu’elle en pense? Elle ironise d’abord en pensant que ça fera de la concurrence aux casinos belges avant de reprendre son sérieux. D’autres comme elles tomberont, c’est certain. « Mais à quoi pensent les politiques ? Il n’y a pas assez de problèmes dans le nord pour ajouter un casino ? » |
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| Dernière mise à jour : ( 25-05-2007 ) |




